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ETUDE SUR
L’ACCEPTABILITE DU FEMIDOM AU BURUNDI RAPPORT
FINAL
Avec l’appui
financier du FNUAP
Bujumbura, mars 2002
TABLE DES MATIERES
Le femidom et les autres méthodes de contraception
II. OBJECTIF
GENERAL DE L’ETUDE
TABLEAU 1 :
REPARTITION DE L’ECHANTILLON SELON LES VARIABLES
II.3. Instrument de collecte des données
II. 4. Choix des enquêteurs et leur formation
II 5.1. Phase de
recrutement des enquêtées
II.5.2. Phase de démonstration et de remise des FEMIDOM
aux enquêtées
II.5.3. Phase de collecte des données de la pré-enquête.
II.6. L’enquête proprement dite.
II.6.1 Phase de recrutement des enquêtées.
II.6.2. Phase de démonstration et de remise des femidom .
II.6.3. Phase de collecte des informations.
III.1. CONNAISSANCES GENERALES SUR LES MOYENS
III.2.
ACCEPTABILITE DU FEMIDOM.
III.2.1 Nombre de rapports sexuels mensuels.
III.2.2 Le femidom est-il accepté en milieu
burundais ?
III.2.2.1. Raisons de non utilisation du femidom.
III.2.2.2 Les impressions sur le femidom.
A. Les impressions positives sur le femidom.
B. Les impressions négatives sur le femidom
III.2.2.3. Le moment de l’insertion du femidom
III.2.2.4. Apports et obstacles du femidom dans les relations sexuelles
A. Apports du femidom dans les relations sexuelles.
A. Les avantages du femidom selon nos enquêtées
B. Les inconvénients liés au femidom.
III.2.2.6. La pertinence du femidom.
III.2.2.7. Réactions du partenaire à l’utilisation du
femidom.
III.2.2.8. Modifications des relations socio affectives
entre les partenaires
III.2.2.9. Préférence entre le préservatif féminin et le
préservatif masculin.
A. Préférences pour le femidom
B. Préférences pour le condom.
C. L’un ou l’autre
préservatif.
III.3. Résultats du deuxième passage.
III.3.1. Les impressions sur le femidom.
III.3.2. Apports du femidom dans les relations sexuelles.
III.3.3. La pertinence du femidom.
III.3.4. Réactions du partenaire.
III.3.5. Modification des relations avec le partenaire.
III.3.6 Préférence entre le femidom et le préservatif
masculin.
III.3.7. Contraintes liées au femidom.
III.4 Synthèse des résultats et conclusion.
Au terme de ce travail, la SWAA-BURUNDI
tient à exprimer ses sincères remerciements au FNUAP pour lui avoir accordé un
financement en vue de la réalisation de la présente, à l’ONUSIDA ainsi qu’ au
PNSR pour avoir disponibilisé les femidom en nature.
Elle remercie également les membres du
comité de pilotage pour leurs conseils judicieux, leur esprit de collaboration
ainsi que pour la patience qu’ils ont manifestés.
Ses remerciements s’adressent aussi aux
responsables des associations et centres de santé avec lesquels elle a
travaillé pour leur accueil et les informations combien utiles qu’ils ont bien
voulu mettre à sa disposition.
La
SWAA-BURUNDI est reconnaissante envers l’équipe des consultantes et enquêteurs
pour le sérieux et la détermination qui
ont caractérisé leur travail.
A toutes les femmes qui ont accepté de
participer à la présente étude, nous réitérons nos remerciements ;
qu’elles sachent que leur contribution est d’une importance capitale pour le
Burundi.
A toute personne qui, de près ou de
loin, a contribué à la réalisation de ce travail, la SWAA-BURUNDI lui exprime
sa vive gratitude.
Liste des
Tableaux
Tabl 1 : Répartition
de l'échantillon selon les variables
Tabl 3 : Nombre de femmes qui ont participé à l’étude
Tabl 4 :
Répartition des raisons de non utilisation du femidom
Tabl 5 :
Répartition de celles qui ont utilisé le femidom selon l’état
matrimonial
Tabl 6 :
Répartition de celles qui ont utilisé le femidom selon l’âge
Tabl 7 :
Répartition de celles qui ont utilisé le femidom selon le niveau d’étude
Tabl 8 : Répartition de celles qui ont utilisé le femidom selon la religion
Tabl10 : Les impressions négatives sur le femidom
Tabl 11 : Moment d’insertion du femidom
Tabl
12 : Répartition des
réponses sur les apports du femidom dans les
rapports sexuels
Tabl 13 : Répartition des réponses sur les
obstacles
Tabl 14 :
Répartition des réponses sur les avantages évoqués
Tabl 17 : Pourquoi le femidom est-il nécessaire ?
Tabl
18 : Information
préalable du partenaire
Tabl 19 : Réactions du partenaire
Tabl 20 : Modification des relations affectives
avec le partenaire
Tabl 21 : Préférence entre les préservatifs
féminin et/ou masculin
Liste des abréviations
1. ABUBEF : Association Burundaise pour le Bien-Etre
Familial
2. CMC B : Centre de Médecine Communautaire BUYENZI
3. DIU : Dispositif Intra-Utérin
4. IST : Infections Sexuellement Transmissibles
5. ONUSIDA : Organisation des Nations Unies pour la
Lutte contre le sida
6. SWAA : Society for Women and Aids in
7. VIH : Virus d’Immuno-déficience
Humaine
PREMIERE
PARTIE
LA
PROBLEMATIQUE
Le
SIDA, ce fléau du siècle, continue à faire des ravages particulièrement sur le
continent africain. Toutes les nations essaient de se mobiliser et de chercher
les moyens adéquats pour arrêter la propagation de cette maladie, notamment par
la prévention.
Le
SIDA ne pourrait arrêter son évolution fulgurante qu’à travers la pratique
d’une sexualité responsable et contrôlée par les individus eux-mêmes. A l’état
actuel des choses, au Burundi seul l’homme dispose d’un préservatif, le condom
masculin. Il peut donc se protéger à tout moment, s’il le juge nécessaire, ce
qui n’est pas le cas pour la femme.
En
effet, les résultats d’entretiens informels réalisés lors des consultations à
la SWAA, à L’ABUBEF, à l’ANSS et aux Centres de santé font état, d’un certain
nombre de femmes qui soulèvent le problème des hommes qui ne sont pas toujours
disposés à mettre le préservatif, même s’ils sont sollicités par leurs
partenaires. Cette situation est préoccupante pour ces femmes, d’autant plus
que l’éducation qu’elles ont reçue, met l’accent sur la soumission de la femme
; elles n’osent pas s’imposer et exiger de leurs partenaires
l’utilisation du condom. En effet, si l’homme refuse de porter le préservatif
masculin, beaucoup de femmes n’ont pas le pouvoir de négociation requis pour
refuser le rapport. Le plus fréquemment c’est le résultat de la condition
sociale inférieure des femmes dans la société burundaise.
Le femidom est l’équivalent du préservatif masculin. Le femidom est le seul préservatif féminin actuellement disponible. Il est fabriqué par la « female Health Company ». Sa vente est autorisée dans la plupart des pays de l’Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord, ainsi que dans un certain nombre de pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine.
L’ONUSIDA (Avril 1997) définit le
femidom comme étant « une gaine en polyuréthane résistante, douce au
toucher et transparente qui tapisse les parois du vagin et crée une barrière
contre les spermatozoïdes et les micro-organismes responsables des maladies
sexuellement transmissibles, y compris le virus de l’immunodéficience humaine
(VIH) ».
Le femidom mesure 17 cm de long, 0.042-0.053mm d’épaisseur
et 7.8 cm dans son diamètre le plus large.
Cette gaine est munie d’un anneau
souple à chaque extrémité. L’anneau intérieur, amovible, est situé du côté de
l’extrémité fermée. Il est utilisé pour faciliter l’insertion et le maintien du
dispositif au fond du vagin.
L’anneau extérieur, plus grand et plus mince que l’anneau intérieur, reste à l’extérieur du vagin une fois le préservatif inséré. Il maintient en place le préservatif de façon à ce qu’il recouvre les organes génitaux externes, ainsi que la base du pénis pendant les rapports sexuels.
Le préservatif est prélubifié
à l’aide d’une substance à base de silicone, non spermicide, connue sous le nom
de diméthicone. Il s’agit d’un lubrifiant très
utilisé dans le domaine médical. Ce lubrifiant est nécessaire pour faciliter
l’insertion et les mouvements pendant les rapports.
La Food and Drug Administration américaine
a approuvé une durée de stockage de 5 ans à partir de la date de fabrication. A
cause des propriétés du polyuréthane, le
préservatif féminin n’est pas affecté
par les sauts de température et d’humidité, si bien qu’il ne nécessite pas des
conditions spéciales d’entreposage.
Le préservatif est inséré manuellement
dans le vagin avant les rapports sexuels. Il peut être mis en place
indifféremment plusieurs heures ou juste avant l’acte sexuel. Le préservatif
féminin n’a pas besoin d’être retiré immédiatement après le rapport, et
contrairement au préservatif masculin, il n’est pas nécessaire que le pénis
soit en érection pour le mettre ou pour l’enlever. A l’heure actuelle, il est
conseillé un usage unique.
Il est utilisable par des femmes de
tous âges. Il est particulièrement intéressant pour celles
-
qui ressentent des effets secondaires avec une méthode
hormonale ;
-
qui désirent se protéger contre les maladies sexuellement
transmissibles, y compris contre le virus de l’immunodéficience humaine ;
-
qui désirent espacer leurs grossesses ;
-
qui n’aiment pas le préservatif masculin
-
celles dont le partenaire refuse d’utiliser le préservatif
masculin.
-
les femmes qui souffrent de sécheresse vaginale peuvent
utiliser le femidom pour améliorer la lubrification et d’éviter ainsi les
rapports douloureux.
Le femidom peut être combiné avec
l’utilisation du dispositif intra utérin (DIU), les méthodes hormonales et la
stérilisation. Par contre, il ne devrait pas être utilisé conjointement avec un
préservatif masculin.
On peut choisir le femidom comme
contraception supplémentaire, par exemple quand on a oublié une pilule, et
comme protection durant la période du post partum ou
même durant la grossesse. Le FEMIDOM,
pourrait répondre en quelque sorte au besoin d’autonomie exprimé par des
femmes, qui dans leur vie sexuelle se sentent prisonnières de l’homme et
dépendantes de celui-ci quant au choix des moyens de protection.
Cependant,
Le FEMIDOM est un moyen de prévention relativement récent, et son introduction
ne peut se faire sans une conscientisation et une préparation de ses
utilisatrices.
A
cet effet, la SWAA/BURUNDI a voulu au préalable travailler à la
conscientisation des utilisatrices potentielles. Complémentairement à cela,
elle a commandité une étude sur l’acceptabilité du femidom pour savoir si la
femme burundaise est psychologiquement prête à l’utiliser.
Cette étude a pour objectif général de déterminer le degré d’acceptabilité du FEMIDOM en milieu burundais en vue de sa vulgarisation.
L’étude répond aux
objectifs spécifiques suivants :
-
Identifier les
avantages et les inconvénients du FEMIDOM afin d’évaluer le degré
d’acceptabilité du FEMIDOM au sein de la population
-
Inventorier les
avantages du FEMIDOM par rapport au préservatif masculin.
Le femidom est un
préservatif destiné aux femmes. Il est très récent et son utilisation ne date
que d’au plus une décennie (1992) dans les pays européens. Il est aujourd’hui
utilisé dans une douzaine de pays à travers le monde, si on en croit l’UNAIDS,
RHR, « The femal
condom : A guide for planning and programming »,1997 p13.
Le femidom est une des
stratégies de lutte contre le VIH/SIDA et des grossesses non désirées.
Toutefois, il ne pourrait être développé sans qu’aient été identifiés au
préalable les facteurs psychosociaux qui détermineraient l’adoption ou non d’un
comportement donné dans le population visée.
Dans
le cas du Burundi, son introduction nécessite une étude préalable quant à son
acceptabilité auprès des utilisatrices potentielles. Cette heureuse initiative
a été prise par la SWAA/BURUNDI qui a choisi de mener cette étude auprès de sa
clientèle féminine d’abord, ainsi qu’auprès des femmes consultantes de
l’ABUBEF, une autre institution partenaire de la SWAA et qui partage le même
objectif de prévention des IST et du VIH et des grossesses non désirées.
Néanmoins,
comme ces deux institutions sont toutes privées, la SWAA a eu l’idée d’associer
une structure sanitaire étatique, d’où l’intégration de la clientèle féminine
de centre de médecine communautaire (CMC) de BUYENZI à BUJUMBURA et du Centre
de santé de NGOZI.
Ces enquêtées représentent dans la mesure du possible les différentes variables que nous considérons comme pouvant influencer le degré d’acceptabilité du FEMIDOM (l’âge, la situation matrimoniale, et le niveau d’instruction, la confession religieuse, la profession).
En fin de compte notre
population d’enquête est répartie sur 5 provinces dans lesquelles interviennent
la SWAA/BURUNDI, et l’ABUBEF : Bujumbura, Ngozi, Muyinga, Gitega et
Ruyigi.
Cette étude qui touche un domaine aussi intime, et surtout sur lequel la société véhicule un certain nombre de tabous et de préjugés, s’adresse aux femmes volontaires du milieu urbain et rural, appartenant à diverses couches de la population, qui adhèrent totalement aux objectifs de l’étude.
L’étude a été faite avec un échantillon de 320 femmes volontaires, clientes des institutions sus-citées.
Cet échantillon est à première vue très
faible mais compte tenu de la nature de l’étude, du caractère volontariste de
la participation et du temps imparti à l’enquête, nous pouvons nous contenter
de couvrir les différentes caractéristiques de la population féminine.
|
|
|
PROVINCES |
TOTAL |
||||||||||
|
|
|
BUJUMBURA Mairie |
GITEGA |
MUYINGA |
NGOZI |
RUYIGI |
|
|
|||||
|
|
|
Nbre |
% |
Nbre |
% |
Nbre |
% |
Nbre |
% |
Nbre |
% |
Nbre |
% |
|
Tranches d’âges |
Moins de 25 ans |
42 |
28,0% |
13 |
29,5% |
4 |
18,2% |
20 |
25,6% |
|
|
79 |
24,7% |
|
25 à 35 ans |
69 |
46,0% |
23 |
52,3% |
12 |
54,5% |
39 |
50,0% |
20 |
76,9% |
163 |
50,9% |
|
|
Plus de 35 ans |
39 |
26,0% |
8 |
18,2% |
6 |
27,3% |
19 |
24,4% |
6 |
23,1% |
78 |
24,4% |
|
|
Situation matrimoniale |
Mariée |
90 |
60,0% |
12 |
27,3% |
11 |
50,0% |
41 |
52,6% |
10 |
38,5% |
164 |
51,3% |
|
Célibataire |
29 |
19,3% |
22 |
50,0% |
6 |
27,3% |
18 |
23,1% |
4 |
15,4% |
79 |
24,7% |
|
|
Veuve |
10 |
6,7% |
7 |
15,9% |
1 |
4,5% |
13 |
16,7% |
6 |
23,1% |
37 |
11,6% |
|
|
Divorcée |
5 |
3,3% |
3 |
6,8% |
2 |
9,1% |
6 |
7,7% |
2 |
7,7% |
18 |
5,6% |
|
|
Partenaires multiples |
15 |
10,0% |
|
|
2 |
9,1% |
|
|
4 |
15,4% |
21 |
6,6% |
|
|
Non réponses |
1 |
7% |
|
|
|
|
|
|
|
|
1 |
3% |
|
|
Niveau d’études |
Primaire |
74 |
49,3% |
22 |
50,0% |
8 |
36,4% |
44 |
56,4% |
10 |
38,5% |
158 |
49,4% |
|
Secondaire |
47 |
31,3% |
12 |
27,3% |
10 |
45,5% |
14 |
17,9% |
11 |
42,3% |
94 |
29,4% |
|
|
Supérieur |
4 |
2,7% |
2 |
4,5% |
|
|
1 |
1,3% |
|
|
7 |
2,2% |
|
|
Sans formation |
25 |
16,7% |
8 |
18,2% |
4 |
18,2% |
19 |
24,4% |
5 |
19,2% |
61 |
19,1% |
|
|
Activité |
Etudiante |
7 |
4,7% |
2 |
4,7% |
1 |
4,5% |
2 |
2,6% |
1 |
3,8% |
13 |
4,1% |
|
Cultivatrice |
9 |
6,0% |
9 |
20,9% |
5 |
22,7% |
37 |
47,4% |
10 |
38,5% |
70 |
21,9% |
|
|
Commerçante |
44 |
29,3% |
3 |
7,0% |
|
|
9 |
11,5% |
2 |
7,7% |
58 |
18,2% |
|
|
Fonctionnaire |
7 |
4,7% |
9 |
20,9% |
1 |
4,5% |
4 |
5,1% |
2 |
7,7% |
23 |
7,2% |
|
|
Agent sanitaire |
9 |
6,0% |
4 |
9,3% |
2 |
9,1% |
3 |
3,8% |
|
|
18 |
5,6% |
|
|
Enseignante |
7 |
4,7% |
1 |
2,3% |
4 |
18,2% |
5 |
6,4% |
7 |
26,9% |
24 |
7,5% |
|
|
Ménagère |
67 |
44,7% |
15 |
34,9% |
9 |
40,9% |
18 |
23,1% |
4 |
15,4% |
113 |
35,4% |
|
|
Religion |
Catholique |
78 |
52,0% |
29 |
65,9% |
17 |
77,3% |
46 |
59,0% |
17 |
65,4% |
187 |
58,4% |
|
Protestante |
37 |
24,7% |
6 |
13,6% |
1 |
4,5% |
10 |
12,8% |
2 |
7,7% |
56 |
17,5% |
|
|
Islam |
34 |
22,7% |
6 |
13,6% |
4 |
18,2% |
22 |
28,2% |
7 |
26,9% |
73 |
22,8% |
|
|
Autre |
1 |
7% |
3 |
6,8% |
|
|
|
|
|
|
4 |
1,3% |
|
|
Total |
|
150 |
100,0% |
44 |
100,0% |
22 |
100,0% |
78 |
100,0% |
26 |
100,0% |
320 |
100,0% |
Les techniques de recueil
d’informations étant variées et tributaires de la nature de l’étude, nous avons
privilégié pour la présente étude l’interview semi-structurée qui selon,
FESTINGER et KATZ[2], est
une technique d’interaction verbale entre deux ou plusieurs interlocuteurs qui
vise à recueillir des données essentielles sur une question.
Dans une perspective de recherche,
faire une interview c’est chercher à obtenir des données utiles à une enquête
sociale en suscitant des déclarations de personnes susceptibles de fournir ces
données. Les personnes interrogées peuvent être des actrices ou témoins par
rapport aux faits qu’elles relatent.
Cette technique fait appel à des faits
que seuls peuvent rapporter les individus qui en ont fait l’expérience
personnelle.
Nous avons ainsi opté pour cette
technique car elle nous permet
d’atteindre les attitudes et les impressions de nos enquêtées à l’égard
du femidom.
Nous avons dès lors élaboré un guide
d’interview qui comporte des questions
fermées pour montrer la position des enquêtées à l’égard du femidom et des
questions ouvertes qui permettent de dégager la signification et les
motivations profondes de l’acceptation ou de la non acceptation du femidom.
L’enquête a été réalisée par une équipe
de 12 enquêteurs dont des infirmières,
des assistantes sociales, un médecin et une psychologue de la SWAA-Burundi, de
l’ABUBEF, et du CMC, régulièrement affectés aux services de prise en charge
médicale et/ou psychosociale au sein de ces associations et qui sont habitués
aux activités de counselling relatif au SIDA et à la
santé de la reproduction.
Ces enquêteurs ont été formés au
préalable sur les aspects suivants :
-
le contexte et les objectifs de l’étude
-
le femidom et son utilisation
-
l’approche méthodologique à utiliser.
A ce sujet, une séance de simulation de
l’entrevue a été réalisée avec les enquêteurs.
Cette étape de l’étude comprend trois
moments :
Pour la Pré-enquête, 60 personnes étaient prévues soit 5 clientes par enquêteur et ce, dans les 5 provinces.
Aussitôt après la formation des
enquêteurs , ceux-ci ont démarré une campagne de recrutement des enquêtées au
cours de leurs séances habituelles de counselling. Les différents publics touchés pendant cette
période de 2 semaines ont été informés sur le FEMIDOM et invitées à participer à
l’étude qui était en vue.
Les femmes qui acceptaient de
participer à l’étude ont eu l’occasion de suivre une démonstration sur le
maniement du femidom. Quelques préservatifs ont été distribués pour permettre
de toucher et même de manipuler le femidom.
Au cours des séances individuelles de
démonstration , les clientes étaient initiées à l’utilisation du FEMIDOM.
L’enquêteur leur explique son mode d’emploi dans ses moindres détails. Elles
avaient la possibilité de s’informer sur toutes les questions concernant ce
préservatif. Ainsi, l’enquêteur remettait à chaque cliente deux FEMIDOM et un
numéro d’identification qui devait figurer sur la fiche d’enquête.
L’enquêteur les invitait à revenir pour livrer
leurs impressions dans un délai n’excédant pas les deux semaines.
Avant de nous lancer dans l’enquête
proprement dite, nous avons d’abord testé notre instrument de collecte des données.
L’objectif de cette étape de la pré-enquête était de valider et de vérifier
l’intelligibilité des questions.
Les résultats de la pré-enquête nous ont permis de reformuler les questions 1,2 et 14 et d’en rajouter d’autres. Ainsi, la question n°1 était au départ formulée comme suit :
« Tubwire
uburyo muzi bwo kwikingira SIDA ».
Après la pré-enquête, les différentes
possibilités de réponses ont été proposées pour faciliter le travail de
l’enquêteur qui n’avait qu’à cocher devant une réponse chaque fois qu’elle
était évoquée.
![]()
-
Kwihangana
![]()
-
Kureka gushurashura
![]()
-
Kwirinda ibitobora uruhu
![]()
-
Kwirinda gusama imbanyi
ufise umugera
-
Agafuko
-
Ibindi Si sigura
La question
n°2 était libellée comme suit :
a)
« Uravye muri uku kwezi guheze, woba
wararanguye amabanga mpuzabitsina (canke amabanga y’abubatse) ?
![]()
Ego
![]()
![]()
b)
Wabigize kangahe ? N’abantu bangahe ?
Ou alors
oya
c)
Vyagenze gute ?
![]()
d)
None iyo bitangenda gutyo, usanzwe ubigira kangahe ?
N’abantu bangahe ?
La modification de la question a porté
sur la période qui n’est plus mensuelle mais hebdomadaire
Uravye muri iyi ndwi iheze, ….le reste
demeurant inchangé.
De même pour la question n°14, les
possibilités de réponses ont été proposées, toujours dans le but de faciliter le travail des enquêteurs.
Uramutse
ukoresheje agakingirizo, woshima ko mukoresha agakingirizo k’abakenyezi canke agakingirizo k’abagabo ?
Agakingirizo k’abakenyezi
Agakingirizo
k’abagabo
La pré-enquête nous a permis également
de trier, et d’adapter les questions en rapport avec le deuxième passage.
Après cette période d’essai avec les
deux préservatifs , les enquêteurs sont
passés à la collecte des données par interview semi structurée. Au cours de
l’entretien direct et individuel avec l’enquêtée, l’enquêteur remplissait au
fur et à mesure la fiche d’enquête.
En outre, les résultats de la
pré-enquête ont montré que l’acceptabilité du femidom n’est pas influence par
les caractéristiques de la population d’enquête.
L’enquête s’est déroulée dans les 5
provinces du pays à savoir Bujumbura, Gitega, Muyinga, Ngozi, et Ruyigi, durant
les mois d’Août et septembre. Elle a été réalisée par les animateurs habituels
des associations et centres de santé concernés. L’enquête proprement dite
comporte également trois moments.
De la même manière qu’au cours de la
pré-enquête, les enquêtées suivent une séance de formation et d’information.
L’enquêteur invite les personnes volontaires à participer à l’étude.
Cette phase concerne les femmes qui ont accepté de participer à l’étude. Comme pour la pré-enquête, ces femmes sont informées sur le femidom. Elles sont ensuite initiées à son utilisation.
A cette même occasion, elles reçoivent
deux préservatifs féminins pour essai
ainsi qu’un numéro d’identification. Ce code secret devait figurer sur
la fiche d’enquête.
Cette phase de collecte s’est déroulée
en deux temps que nous avons appelés premier et deuxième passage.
Premier passage Les femmes qui sont allés essayer le femidom reviennent aux centres respectifs pour parler de leurs expériences. Les enquêteurs remplissent la fiche d’enquête au cours d’un entretien direct et individuel.
Deuxième passage Au moment où elles viennent livrer leurs impressions, deux autres préservatifs féminins leur sont donnés. En effet, nous avons envisagé un deuxième essai du femidom en vue de déceler les effets éventuels de l’habitude et de la familiarité avec le femidom et ainsi valider les impressions du premier passage.
Par ailleurs, la plupart des programmes
suggèrent aujourd’hui que les femmes essaient le préservatif féminin trois fois
avant de décider si oui ou non elles l’aimaient.
Les difficultés rencontrées au cours de
notre travail sont liées pour une large part au faible taux de participation et
à la supervision de l’enquête.
Concernant le faible taux de participation,
les entretiens avec les responsables des associations ainsi que la consultation
des registres font état d’une fréquentation importante.
La moyenne de l’affluence était de 25
clientes par jour aussi bien à l’ABUBEF qu’à la SWAA.
Ces constats nous ont poussées à
envisager un échantillon de 600 femmes.
Néanmoins pour des raisons
indépendantes de notre volonté, cet échantillon de 600 femmes n’a pas pu être
atteint. En effet, même si les clientes habituelles sont venues, beaucoup
d’entre elles n’ont pas accepté d’aller essayer le femidom.
Aussi, on attendait une cinquantaine de
participantes à l’ANSS qui à notre surprise, n’a malheureusement pas voulu
participer à l’étude. Il en a été de même pour l’ABUBEF GITEGA.
Comme le temps imparti à l’enquête se
limitait à seulement 2 mois, l’échantillon à la fin de cette période s’est
arrêté à 320 femmes qui ont accepté de participer à notre étude. Néanmoins,
seules 267 de celles-ci ont effectivement utilisé le femidom. En effet, 36 qui
avaient pris le femidom n’ont pas eu l’occasion de s’en servir pour des raisons
diverses tandis que 17 femmes ne sont pas revenues pour donner leurs
impressions.
Quant à la supervision de l’enquête, la
relation d’entretien qui devait requérir la confidentialité ne permettait pas la
présence d’une tierce personne. Nous avions toutefois demandé à nos enquêteurs
de nous signaler d’éventuelles difficultés.
TROISIEME
PARTIE
PRESENTATION, ANALYSE ET
INTERPRETATION DES RESULTATS
Le femidom étant un moyen de protection
qui vient s’ajouter aux autres, nous avons jugé bon d’explorer les
connaissances de nos enquêtées en rapport avec les moyens de lutte contre le
SIDA.
Réponses |
fréquence |
Pourcentage |
|
Le préservatif |
295 |
92,18 |
|
Pas utiliser des objets tranchants |
246 |
76 |
|
Pas de vagabondage sexuel |
210 |
65 |
|
Abstinence |
184 |
57 |
|
Eviter la transfusion sanguine |
5 |
1 |
Le préservatif est évoqué par la
majorité de nos enquêtées, soit 92,8%. On peut penser d’ores et déjà qu’elles
parlent du préservatif masculin parce que c’est le seul encore disponible sur
le marché burundais.
Le
vagabondage sexuel étant reconnu comme voie redoutable de contamination du sida
est évoqué par nos enquêtées en 3ème position. Le condom l’est par
contre en 1ère position.
De façon
générale, nos enquêtées sont suffisamment informées sur les moyens de lutte
contre le SIDA, comme l’indique le tableau ci-haut. En effet, notre public
cible est constitué de la clientèle habituelle des institutions qui oeuvrent à
la prévention du sida. Il se trouve dès lors et déjà sensibilisé sur les moyens
de lutte.
En posant cette question, l’objectif
était de se rendre compte que nos enquêtées sont sexuellement actives. En
effet, les résultats de l’étude montrent que presque toutes nos enquêtées (soit
88%) font des rapports sexuels en raison d’une moyenne de 16 fois par mois.
Par ailleurs, parmi nos enquêtées, il y
en a qui nous ont affirmé avoir plusieurs partenaires (de 1 à 5)
Nous avons en outre cherché à savoir si
nos enquêtées font des rapports sexuels protégés. Ainsi, 239 sur 320 soit 75%
utilisent un préservatif alors que 73 soit 23% n’utilisent pas de préservatif.
On pourrait dès lors s’interroger sur le sort de ceux qui font des rapports
sexuels non protégés.
Le préservatif féminin n’est pas encore
disponible en milieu burundais. Avant de le disponibiliser, la SWAA a eu
l’initiative d’en étudier d’abord l’acceptabilité.
C’est ainsi que les enquêtées avaient reçu chacune 2 préservatifs féminins pour essai et devaient revenir pour livrer leurs impressions. Sur 320 femmes qui ont accepté de participer à l’étude 267 soit 83,43% ont utilisé le femidom, 36 soit 11,25% ne s’en sont pas servi et 17 soit 5,31 ne sont pas revenues pour révéler leurs impressions.
TABLEAU 3 : Nombre de femmes qui ont participé à l’étude.
|
|
Fréquence |
% |
|
ont utilisé les femidoms |
267 |
83,43 |
|
n’ont pas pu l’utiliser |
36 |
11,25 |
|
pas de réponse |
17 |
5,31 |
|
Total |
320 |
100 |
Si les 36 femmes n’ont pas utilisé le
femidom cela ne voudrait pas dire qu’elles l’ont toutes rejeté. Différentes
raisons ont entraîné la non utilisation du femidom comme on peut les trouver
dans le tableau ci-dessous.
TABLEAU 4 : Répartition des raisons de non utilisation du
femidom.
|
Type de réponses |
Fréquence |
Pourcentage |
|
Refus catégorique du partenaire |
22 |
61,11 |
|
Pas de client qui s’est présenté |
4 |
11,11 |
|
Le mari était absent |
3 |
8,33 |
|
Usage d’une autre méthode de contraception |
2 |
5,55 |
|
Accusée d’infidélité |
2 |
5,55 |
|
Difficile à insérer |
2 |
5,55 |
|
Ca m’a fait peur |
1 |
2,77 |
|
Total |
36 |
100 |
Enfin 17 femmes ne sont pas revenues
faire part de leurs impressions.
Sur les 36 femmes 22 soit 61,11% rapportent n’avoir pas utilisé le femidom parce que le partenaire a catégoriquement refusé. De ces 22 femmes, 15 sont mariées, 5 sont des célibataires et 2 sont des divorcées.
Tableau n° 5 : Répartition de celles qui ont utilisé le femidom selon l’état matrimonial
|
Réponses
Etat matrimonial |
fréquence |
% |
|
Mariées |
133 |
81,09 |
|
Célibataires |
67 |
84,81 |
|
Veuves |
32 |
86,48 |
|
Divorcée |
15 |
83,33 |
|
A partenaires multiples |
20 |
95,23 |
|
Total |
267 |
83,43 |
Tableau N° 6 : Répartition de celles qui ont utilisé le femidom selon l’âge.
|
Age |
Fréquence |
% |
|
Moins de 25 ans |
63 |
79,74 |
|
25à35 ans |
136 |
83,43 |
|
Plus de 35 ans |
68 |
96,14 |
Tableau N° : Répartition de celles qui ont utilisé le femidom selon le niveau d’étude
|
Niveau d’étude |
Fréquence |
% |
|
Sans formation |
53 |
86,86 |
|
Primaire |
133 |
84,17 |
|
Secondaire |
74 |
78,72 |
|
Supérieur |
7 |
100 |
Tableau N° 8 : Répartition de celles qui ont utilisé le femidom selon la religion
|
Religion |
Fréquence |
% |
|
Catholique |
161 |
86,09 |
|
Protestant |
43 |
76,78 |
|
Musulmans |
60 |
82,19 |
|
Autres |
3 |
75,00 |
En effet, l’emploi du préservatif demande la plupart du temps l’accord des deux partenaires. Il est difficile pour la femme de contester les décisions de leurs époux, particulièrement s’il s’agit du moment et des manières d’avoir des relations sexuelles.
Parmi ces femmes se trouvent entre
autres celles à partenaires multiples qui se trouvent souvent dans une position
encore moins assurée pour exiger une protection. En témoignent les propos
ci-après : «Yambwiye ko aca angabanya amahera » c’est-à-dire « Il m’a dit qu’avec
le femidom le tarif devrait
diminuer ».
7 femmes sur les 36 soit 19,44% n’ont
pas utilisé le femidom simplement parce qu’elles n’ont pas eu de
« client » à cette période, ou que le mari était absent.
Ces femmes à partenaires multiples hésitent à discuter avec un client sur l’utilisation du femidom, craignant la perte d’un revenu.
Quel que soit le statut matrimonial de
la femme, si l’homme refuse, beaucoup de femmes n’ont pas de pouvoir de
négociation requis pour refuser le rapport, la raison fondamentale étant la
condition sociale inférieure des femmes de notre société.
Par ailleurs, 2 femmes soit 5,55%
affirment ne pas avoir utilisé le femidom par peur d’être accusées
d’infidélité. Ainsi beaucoup de gens pensent qu’une femme ne risque de
contracter l’infection à VIH que si elle a de nombreux partenaires sexuels ou s’adonne à la
prostitution.
Le propos de cette femme en dit long
« Natinye ico umugabo yokwibaza. »
« j’ai eu crainte de ce que
penserait mon mari »
Il y a deux femmes qui n’ont pas utilisé le femidom prétextant qu’elles utilisaient une autre méthode de contraception. Elles auraient considéré le femidom sous son aspect contraceptif que de prévention.
Deux enquêtées apportent qu’elles n’ont
pas utilisé le femidom parce que l’insertion leur a été difficile.
Enfin, une femme sur les 36 soit 2,77% n’a pas utilisé le préservatif féminin, parce qu’avoue-t-elle, le femidom lui a fait peur.
Ces impressions sont révélées par les
267 qui ont participé à l’étude et qui ont effectivement utilisé le femidom.
Les réponses de nos enquêtées font état des impressions positives et des
impressions négatives.
TABLEAU 9 : Les impressions positives sur le femidom
|
impressions |
fréquence |
pourcentage |
|
Le
femidom est confortable |
157 |
58.80 |
|
Le
femidom est doux |
59 |
22,09 |
|
Le
femidom n’est pas ressenti au moment des rapports par les partenaires |
46 |
17,22 |
|
Le
femidom assure la satisfaction sexuelle |
15 |
5.61 |
|
Le
femidom est lubrifié |
13 |
4.86 |
|
Le
femidom ne sent pas mauvais |
2 |
0.74 |
|
Le
femidom recueille convenablement les spermes |
2 |
0.74 |
Il ressort du tableau ci-dessus que
pour 157 femmes soit 58.8% le femidom est confortable.
Pour 59 femmes soit 22,09% le femidom
est doux.
Par ailleurs, pour 46 femmes soit
17,22%, le femidom n’est pas ressenti au moment des rapports par les
partenaires.
15 femmes soit 5.61% disent que le
femidom assure la satisfaction sexuelle pendant les rapports.
13 femmes soit 4.86% trouvent le
femidom lubrifié.
Deux autres femmes soit 0.74%
rapportent que le femidom recueille convenablement les spermes.
Enfin, comparativement au préservatif
masculin, le femidom ne sent pas mauvais. Cela a été évoqué par 2 femmes soit
0.74%
Le femidom est un mode de protection supplémentaire qui présente des qualités évidentes et qui assurent à la femme son autonomie.
Les impressions négatives révélées par
nos enquêtées concernent principalement l’aspect physique du femidom.
TABLEAU 10 : Les impressions négatives sur le femidom
|
Impressions |
Fréquences |
pourcentage |
|
Le
femidom est difficile à insérer |
49 |
18.35 |
|
Le
femidom chatouille à cause des anneaux |
7 |
2.62 |
|
Le
femidom fait peur |
11 |
4.11 |
|
Le
femidom fait beaucoup de bruit |
4 |
1.49 |
|
Le
femidom exige qu’on le tienne durant les rapports sexuels |
2 |
0.74 |
|
Le
femidom est inconfortable pour le partenaire |
2 |
0.74 |
|
Le
plaisir sexuel diminue |
2 |
0.74 |
|
Le
femidom fait mal |
6 |
2.24 |
|
Le
femidom n’est pas pratique pour la technique « Ruganga » |
5 |
1.87 |
|
L’insatisfaction
du partenaire |
3 |
1.12 |