Réalisme, ouverture et authenticité
Par Mohamed Laabadi.
Le matin du Sahara et du Maghreb
- Samedi 17 Mars 2001 - N° 11.013
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Trois valeurs qui sous-tendent la culture
"Anfasse''
Personne n'ignore aujourd'hui l'importance et l'impact des actions
de la société civile sur le développement
socio-économique. Les expériences menées
jusque-là sont probantes et les résultats le sont
plus.
La société marocaine semble tout entière
engagée dans ce processus irréversible de lutte
contre la pauvreté et l'exclusion. Analphabétisme,
faible taux de scolarisation, faiblesse des infrastructures
de base
, autant de questions qui nous imposent encore
une fois cette dualité qui caractérise à
la fois notre réflexion et notre action. N'oppose-t-on
pas la tradition à la modernité, ne parle-t-on
pas de secteur formel et d'un autre informel, quel pays mieux
que le nôtre donne une illustration aussi claire et aussi
nette de la rupture entre nouvelle et ancienne économie
? Qui mieux que nous, entretien et nourrit la complaisance ?
Oui, une fois encore, cette dualité nous accule à
composer avec tous ces maux qui ravagent notre société,
en adoptant une double vitesse : la première induite
par la nécessité d'une thérapie curative
pour limiter les dégâts, la seconde découle,
quant à elle, de la nécessité d'une thérapie
préventive pour prémunir les générations
futures contre toute récidive de ces fléaux. A
dualité des maux, il faut une dualité de thérapie,
ce qui rend les choses encore plus complexes. Et pourtant, ceci
ne doit pas nous empêcher de lutter et de relever les
défis car, pour être francs avec nous-mêmes,
non seulement nous n'avons pas le choix, mieux encore nous sommes
condamnés à réussir.
C'est justement pour relever les défis du troisième
millénaire que l'association Anfasse pour le développement
de la région des Rhamna, a inscrit parmi les valeurs
fondamentales qui sous-tendent sa culture et qui vont guider
ses actions, la triptyque : Réalisme - Ouverture - Authenticité.
Réalisme
Si la vérité blesse comme dit ce vieil adage,
la réalité elle, dérange. Une illustration
on ne peut plus parfaite de cet embarras, nous a été
donnée il y a quelques jours, suite à la publication
de chiffres cinglantes sur l'analphabétisme et le taux
de scolarité dans notre région. Autant la manière
dont les choses ont été présentées
dénotait un manque de délicatesse, autant la réaction,
d'ailleurs pleinement justifiée par une fierté
aiguisée par la frustration, était un peu exagérée.
Mais la fierté à elle seule ne peut pas résoudre
en quelques années, des problèmes qui ont mis
plusieurs décennies pour se profiler. On peut toujours
reprocher à quelqu'un de ne pas savoir positiver une
chose. Mais encore une fois,
il y a certaines réalités qui, non seulement n'ont
rien de positif, mais qui perdraient de leur pertinence à
être positivées, ce qui peut biaiser un problème
et partant, compliquer sa résolution. Parfois, à
force de vouloir à tout prix positiver, on fait preuve
de myopie intellectuelle et on finit par passer à côté
des vrais problèmes à traiter. Il faut par ailleurs
faire attention à la dosimétrie, pour éviter
d'administrer une thérapie quantitativement ou qualitativement
insuffisante, ce qui fait sombrer dans des difficultés
à ne pas en finir, d'accoutumance.
Etre réaliste, c'est aussi savoir reconnaître ses
limites. Certains acteurs de la société civile
à travers le monde, ont réalisé des miracles
là où des instances officielles rendues amorphes
du fait d'un formalisme tellement exagéré qui
finit par tuer toute initiative, n'ont pas pu réussir.
Toutefois, ceci ne veut pas dire que l'association peut se substituer
à d'autres acteurs tels les autorités ou les collectivités.
Tous ces acteurs confondus ont intérêt à
comprendre que leurs actions doivent être plutôt
complémentaires. L'enjeu n'est ni compétitif ni
conflictuel, il est plutôt participatif intégré,
comme le suggère le thème choisi pour la journée
de réflexion du 17 mars 2001, la première du genre
qui vient à point nommé, baliser le champ d'action
de l'association vis-à-vis de ses partenaires naturels,
en vue de dégager une traçabilité pour
l'avenir. S'il est vrai que le cadre associatif présente
l'avantage d'être plus flexible et plus souple, il n'y
a cependant pas mieux que les acteurs officiels pour rendre
compte de la réelle cartographie de la région.
Néanmoins, la complémentarité ne doit pas
pousser les divers acteurs de la scène publique à
se décharger les uns sur les autres. Tout piétinement
d'une partie sur le domaine d'une autre ne peut générer
que des dérapages qui peuvent conduire dans les meilleurs
des cas à une dilution des responsabilités, quand
ils ne débouchent pas sur des conflits purs et durs.
Social
Etre réaliste aussi, c'est ne pas tomber dans le faste
au moment où la tendance est plutôt à l'optimisation.
L'on sait que le social reste le terrain de prédilection
par excellence de l'assistanat stérile et sclérosant,
mais ceci n'empêche qu'il se prête le mieux aux
exercices d'optimisation. Chaque fois qu'une action doit profiter
à une population déterminée, il faut en
subordonner le lancement à la contribution des récipiendaires,
qui doit intervenir avant celle de l'organisme parrainant l'action.
Il y va parfois de la réussite même de l'action.
Etre enfin réaliste, c'est aller lentement mais sûrement.
L'association ne peut compter surtout à ses débuts
que sur le bénévolat de ses membres. Combien même
elle peut arriver à trouver des sponsors et des mécènes,
l'intérêt pour ces derniers ne devient évident
que le jour où elle arrive à se faire reconnaître
d'utilité publique. Or, pour y arriver, il faut beaucoup
de sacrifices qui ne peuvent être que le fait de membres
impliqués au quotidien, corps et âme pour le bien
comme pour le pire, en vue d'un développement durable.
Ouverture
Au-delà de l'environnement interne qui reste plus ou
moins maîtrisable du fait de la facilité de collecte
des informations auprès des membres, il faut déterminer
l'environnement externe avec ses différents niveaux.
C'est tout le problème de la base de donnée qui
est posé.
Il faut d'abord régler les questions relatives à
la collecte des informations, à leur stockage et leur
traitement pour en sortir des indicateurs pouvant renseigner
sur l'activité de l'association. Il faut ensuite réfléchir
à la manière de diffuser les informations qui
seront produites et là le réseau Internet offre
des ressources très importantes. Il faut d'ailleurs rappeler
que la journée de réflexion va permettre de dégager
un programme d'action qui viendra alimenter le site de l'association,
qui est en instance de construction. L'une des tâches
les plus contraignantes d'ailleurs, sera d'actualiser et de
rafraîchir périodiquement la base de données
du site. La première catégorie d'acteurs évoluant
dans l'environnement immédiat de l'association, reste
les autres associations opérant dans la région.
Une connaissance parfaite de ces dernières doit pouvoir
permettre de cibler les destinataires des actions de l'association
et d'éviter d'intervenir dans des domaines déjà
couverts par d'autres acteurs. Une synchronisation des actions
doit pouvoir permettre d'afficher une complémentarité
aux différentes actions, à même d'éviter
les double-emplois, en vue d'optimiser l'impact du travail associatif.
Mine de rien, mais la région des Rhamna compte plus d'une
vingtaine d'associations couvrant des domaines aussi nombreux
que variés.
La deuxième catégorie d'intervenants, reste les
autorités locales, provinciales et régionales,
qui constituent un partenaire privilégié de l'association
suivies des responsables des administrations représentées
au niveau local. Une approche relationnelle et non transactionnelle,
doit gouverner les relations de l'association avec ces acteurs.
C'est justement l'un des principaux objectifs de la journée
de réflexion, qui doit permettre l'établissement
de relations durables et fructueuses, en vue de renforcer la
synergie développée du fait de la nouvelle vision
introduite dans les rapports administrateurs/administrés,
dont le précurseur reste la plus haute instance du pays,
S.M. Mohammed VI.
La troisième catégorie est constituée des
associations nationales constituant une référence
dans un domaine donné, avec lesquelles l'association
peut échanger des expériences. Dans certains cas,
des projets de partenariat peuvent voir le jour entre des associations
de régions ou d'horizons différents. Les exemples
ne manquent pas, mais l'on voudrait éviter une énumération
exclusive par définition.
Au-delà des limites du territoire national, il existe
des intervenants d'un autre calibre. Quelques-uns se recrutent
parmi des collectivités comme certains conseils régionaux
dans des pays européens, qui opèrent dans le cadre
de la coopération-développement. Pour ne prendre
que l'exemple de la France, bien que ces organismes soient d'une
virulence exemplaire dans beaucoup de pays africains et d'Amérique
latine, notre pays ne compte à notre grand étonnement
qu'un peu plus d'une dizaine de projets initiés dans
le cadre de la coopération décentralisée,
domaine où tout reste à faire. D'autres acteurs
encore se recrutent parmi la catégorie des organismes
spécialisés relevant d'organisations internationales,
telle l'ONU. Une multitude de ces organismes opèrent
dans tous les domaines possibles et imaginables du développement
durable et sont prêts à intervenir chaque fois
qu'une association locale aussi petite soit-elle, peut se prévaloir
d'un projet fiable.
Authenticité
A ceux-là, il faut ajouter un autre cadre dont l'action
n'est pas moins importante, que l'on appelle communément
l'ONG (Organisation non gouvernementale), terminologie significative
de la souplesse et de la flexibilité qui fait généralement
défaut aux organismes publiques ou d'obédience
publique, abstraction faite du pays et de son degré de
développement. Ceci ne doit cependant pas pousser à
confondre flexibilité et manque de rigueur qui caractérise
paradoxalement tout ce qui est administratif.
Comme on vient de le voir, les perspectives sont très
larges, à la seule condition de nourrir une volonté
sincère, que le cadre associatif peut aider à
développer, par ses vertus éducatives et ses capacités
de noyer même les comportements les plus controversés
dans la masse associative.
Pléonasme osé si l'on en juge par l'une des définitions
données par le Larousse de l'Authenticité qui
veut dire "sincérité totale". Mais toujours
est-il, il s'agit bien de sincérité et, totale
par-dessus tout.
Etre authentique c'est ne pas tourner le dos à son bio-top
naturel. L'essentiel du travail associatif reste un travail
de terrain, mais encore faut-il garder les pieds par terre.
Aussi, doit-on éviter toute rupture avec le milieu. Aucun
travail ne peut se faire sans écouter attentivement ceux
qui vivent les problèmes au quotidien, aucun problème
ne peut être résolu sans pouvoir vivre ou imaginer
la situation vécue par ceux qui restent le point de départ
mais également le point d'arrivée de toute action
associative : les populations.
Etre authentique c'est aussi ne pas se mentir, c'est regarder
les choses en face et faire en sorte que l'on ne soit pas obnubilé
par les événements. Il n'y a pas pire que de se
laisser manipuler par ses propres illusions.
Etre sincère, enfin, c'est reconnaître les mérites
de chaque acteur, en vue de le confiner dans ce qu'il sait faire
le mieux. Les autorités ont un rôle à jouer,
les collectivités aussi et, il en est de même de
tout autre acteur quel qu'en soit le statut.
Aussi, faudrait-il faire preuve de tolérance sans pour
autant renoncer aux principes, ni bafouer les valeurs qui fondent
le travail associatif. Ceci ne doit pas poser de problèmes
en principe, d'autant que le cadre associatif par sa flexibilité
et sa souplesse, se prête parfaitement à une tolérance,
responsable toutefois.
Pour nous résumer, Réalisme - Ouverture - Authenticité,
voilà une triptyque que l'association Anfasse pour le
développement des Rhamna adopte comme valeurs fondamentales
devant asseoir son action future. Ce qu'il faut rappeler, c'est
qu'on est juste au début du chemin et qu'il reste encore
beaucoup pour ne pas dire tout à faire. Les bonnes volontés
ne manquent pas, les potentialités non plus, donc soyons
solidaires et allons de l'avant, les retardataires seront obligés
de prendre le train en marche et ce ne sera pas facile.
Vivement Anfasse.
Quelques faiblesses
o Fort taux de chômage, en particulier
parmi la population des jeunes diplômés.
o Revenus et pouvoirs d'achat faibles de la population.
o Fort aux d'analphabétisation.
o Préscolarisation faible et scolarisation primaire
insuffisante en milieu rural.
o Absence de structures pour la formation professionnelle.
o Couverture sanitaire insuffisante et infrastructure hospitalière
éloignée voire inaccessible.
o Équipements socio-culturels et sportifs extrêmement
faibles.
o Défaillance de l'assainissement en milieu urbain
et absence de traitement des eaux usées ainsi que des
déchets solides.
o Faible maîtrise de l'urbanisation, faible qualité
architecturale et environnementale et développement
de l'habitat clandestin notamment à Ben Guérir.
o Faible taux d'électrification.
o Faible taux d'alimentation en eau potable surtout en milieu
rural.
o Economie fondée plus sur la redistribution que sur
la production. Le secteur commercial ne fonctionne que pour
le commerce de base.
o Absence de structures touristiques, en particulier celles
adaptées pour un tourisme de passage et de court séjour.
o Manque d'attractivité de Ben Guérir due au
manque d'une identité forte et d'une image positive
: La ville est perçue comme une étape obligée,
aux arrêts de très courte durée sur l'axe
Casablanca-Marrakech.
o Faiblesse et caractère aléatoire des pluies.
o Ressources en eau de surface et souterraines limitées
à l'exception de la plaine de la Bahira où la
nappe connaît des rabattements d'une année à
l'autre.
o Production agricole (végétale et animale)
fortement liée aux aléas climatiques.
o Forte érosion et salification (cas de Sed El Mesjoune)
des sols.
o Handicap du statut foncier limitant la mise en valeur agricole
(45% des terrains sont collectifs).
o Insuffisance d'organisations professionnelles dans le domaine
agricole.
o Problème d'enclavement (manque de routes et de pistes).
o Existence d'une zone bour sous exploitée.
o Quasi inexistence de l'industrie de transformation,
entraînant une exportation de produits bruts et accroissement
du chômage.
Des Atouts
o Situation de carrefour aussi bien routier
que ferroviaire, avec la perspective d'un axe autoroutier
qui rapprochera Ben Guérir des grands centres (Casablanca
et Marrakech).
Situation à proximité d'une importante zone
agricole irriguée (Tassaout).
o Homogénéité de la population.
o Existence d'associations couvrant les domaines : social,
économique, sportif et culturel : CJEB (Club des jeunes
entrepreneurs de Ben Guérir), Twiza, Annakhil, Fadeb
(Fédération des associations de Ben Guérir,
etc.
o Présence des mines de l'OCP employant 1000 personnes
dont 28 originaires de la zone.
o Existence d'un souk important.
o Rôle déterminant de l'élevage et existence
d'une race ovine locale "Sardi" bien adaptée.
o Possibilités de développer certaines cultures
dans la zone, notamment le Cactus ou figuier de barbarie offrant
des opportunités de valorisation industrielle (Production
de sucre, de confiture et d'aliments pour bétail).
o Inscription de Ben Guérir au programme national de
développement économique pour la création
de locaux professionnels dans le cadre du Fonds de soutien
pour la promotion de l'emploi, avec signature d'une convention
en juin 1996.
o Création en juin 1996, d'une zone industrielle par
convention entre le ministère de l'Industrie, du Commerce
et de l'Artisanat, l'OCP et la municipalité de Ben
Guérir (en cours d'aménagement).
o Externalisation par l'OCP de certaines fonctions en vue
de les sous-traiter aux petites entreprises regroupées
au sein du CJEB (Club des jeunes entrepreneurs de Ben Guérir).
o Implantation d'agences bancaires.
o Possibilités de développement de l'agro-industrie
sur la base de transformation des produits d'élevage
et de cultures pratiquées dans le périmètre
irrigué autour d'El Kelaâ des Sraghna.
o Existence de carrières de matériaux de construction
et de roches ornementales, notamment de marbre vert, de granite
teinté et d'argile de meilleure qualité.
o Présence d'un complexe artisanal.
o Existence d'un savoir-faire de base à valoriser dans
les domaines du tapis, de la poterie et de la vannerie.
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